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Les chiffres du bâtiment et des travaux publics : bilan 2017

23/03/2018 16:43:20
ECI - Mise à jour : le 23/03/2018 16:43:20 - Par
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La nouvelle année n’est pas seulement une période de vœux et de prise de bonnes résolutions, c’est aussi l’heure de dresser le bilan tant attendu de l’année qui vient de s’écouler chez les professionnels de tous secteurs et tous horizons. Longtemps touché par la crise économique, le secteur du BTP semble de retour sur de bons rails depuis quelques temps, une tendance qui se traduit par les chiffres du bilan 2017 que nous allons décrypter sans plus tarder.

Les chiffres du bâtiment et des travaux publics : bilan 2017

Crédit photo : Visual hunt

Sommaire :

Les travaux publics : un début de reprise confirmé en 2017

Après plusieurs années passées au point mort, les travaux publics enregistrent une reprise d’activité notable en 2017. Malgré un redressement de l’activité fastidieux, seulement + 0.1 % par rapport à 2016, de nombreux chiffres indiquent clairement un retour progressif de l’activité et de belles perspectives pour 2018 ainsi que pour les années à venir.

Le nombre de marchés conclus est un bon indicateur de la reprise. Comparé à 2016, le secteur enregistre une hausse de 5.5 % sur ce point, un chiffre à mettre en corrélation avec les appels d’offres du marché public qui ont eux aussi enregistré une hausse substantielle en 2017. Toutefois, il faut noter que les appels d’offres en vue de réaliser les nombreux chantiers du Grand Paris ont permis de donner un petit coup de fouet aux chiffres du marché public. Mais même en excluant les chantiers liés au Grand Paris, les indicateurs restent toujours prometteurs et montrent que la reprise a bel et bien eu lieu en 2017, bien qu’elle soit plus lente que prévu.

Par ailleurs, nous pouvons constater, grâce à une enquête trimestrielle réalisée conjointement par l’INSEE et la FNTP, que les inquiétudes des chefs d’entreprises ont évolué depuis 2016 : c’est aujourd’hui le manque de main d’œuvre et les difficultés de recrutement qui prédominent dans leurs préoccupations, alors que le manque de demandes de maîtres d’ouvrage devient, quant à lui, une problématique secondaire. Une vague d’optimisme parcourt actuellement les entrepreneurs, d’autant que 2018 s’annonce être une année où la reprise d’activité devrait se poursuivre et même s’amplifier, prévision que nous aborderons dans le dernier paragraphe de cet article.  

Les chiffres clés du secteur des Travaux Publics pour 2017

La reprise d’activité dans le secteur des travaux publics est clairement établie dans les chiffres statistiques dévoilés par la FNTP. Outre la progression plus lente que prévu avec les + 0.2 % de travaux effectués par rapport à l’année 2016, certains indicateurs de croissance sont en hausse et présagent des perspectives d’activités florissantes pour l’avenir. 2017 peut être vue comme une année de transition pour le secteur des travaux publics, d’abord parce que la réforme territoriale a mené à la réorganisation des intercommunalités et a entraîné le report de nombreux chantiers début 2017, ce qui ne devrait plus être une problématique pour 2018. Ensuite parce qu'il existe une disparité de l’investissement, la plupart du temps en faveur des grandes métropoles et des zones urbaines. Toutefois, les zones rurales devraient être dynamisées dès 2018 grâce au projet de loi de finance qui inclut une dotation de soutien à l’investissement local pour renforcer des projets de construction d’habitations, de transition énergétique, ou encore de développement du numérique et de la téléphonie mobile.

La prise de commandes, avec le chiffre d’affaires du secteur, est un autre indicateur d’une croissance positive. Sur l’ensemble de l’année 2017, l’évolution des marchés conclus atteint les + 7.6 %. Une progression importante due, entre autres, aux projets de développement des réseaux de transports urbains dans les grandes métropoles et leurs périphéries. En ce qui concerne les appels d’offres du marché public, ces derniers gagnent 3.2 % sur l’année et commencent à se stabiliser. Le chiffre d’affaires du secteur a, quant à lui, augmenté de 2.5 % sur 2017, ce qui ne représente pas moins de 36.6 milliards d’euros, uniquement pour les travaux réalisés en France. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques qui ont été récoltées sur l’ensemble d’une période donnée, ils sont aussi représentatifs des effets positifs de ce regain de croissance, qui ont pu être constatés par les professionnels sur le terrain. Ainsi les entrepreneurs et les maîtres d’ouvrage ont directement été impactés par la progression des commandes et beaucoup d’entre eux prévoient une hausse de leurs effectifs pour 2018 avec des carnets de commandes qui devraient se remplir rapidement. Cette tendance à déjà pu être observée durant l’année passée avec une légère progression des heures intérimaires prenant 2.3 % supplémentaires comparées à 2016. Un chiffre en hausse surtout sur les derniers mois de l’année.

Le secteur du bâtiment en 2017

Le secteur du bâtiment avait déjà retrouvé un semblant de croissance depuis 2016 en laissant derrière lui le passage à vide qui l’avait frappé en 2014/2015. L’année 2017 marque quant à elle une accélération de la reprise. Fin décembre, la FFB a rendu publique le bilan du secteur du bâtiment pour l’année 2017 et les chiffres sont plus qu’encourageants. Le volume de l’activité du bâtiment enregistre une croissance de + 4.7 % sur l’ensemble de l’année contre 1.6 % en 2016. Plus de 20 000 emplois ont été créés cette année, 11 000 intérimaires ont pu trouver des missions (équivalentes à un emploi à temps plein) dans les entreprises du bâtiment alors que 9 000 salariés y ont trouvé un contrat. Le dernier bilan qui dressait un niveau d’embauche aussi élevé était celui de 2006, avant que le secteur ne connaisse la crise. Le seul bémol notable pour les entrepreneurs serait la difficulté à recruter suffisamment de main d’œuvre et à trouver du personnel qualifié pour certains postes techniques ou à responsabilités puisque 59 % des entreprises de plus de 10 salariés et 40 % des artisans déclarent avoir des difficultés pour recruter. Une autre information notable démontrant la bonne santé du secteur : les créations d’entreprises (hors micro entreprises) ont connu une hausse de + 6.8 %.

Une dynamique des investissements qui tend à se stabiliser

Les investissements restent l'élément majeur pour un retour de la croissance dans le secteur des travaux publics. En France, l’État et les collectivités locales jouent un rôle important puisque leurs investissements représentent, à eux deux, près des deux tiers du marché des travaux publics, le tiers restant étant à la solde de la commande privée.

Au niveau départemental, l’investissement se concentre essentiellement sur l’entretien du réseau routier départemental, le développement des réseaux numériques ou encore l’entretien du réseau d’eau et d’assainissement. À l’échelle nationale, les dépenses départementales s'élèvent à 3.67 milliards d’euros, ce qui représente à peu près 10 % de la totalité des investissements. Les subventions accordées aux collectivités locales ont connu une hausse de 8.4%. Les Yvelines est le département ayant dépensé le plus dans les travaux publics avec 114 millions d’Euros pour 2017, viennent ensuite les Hauts de Seine et l’Isère avec respectivement 98.4 millions d’Euros pour le premier et 96.2 millions d’Euros pour le second. Il faut cependant noter qu’en terme d’investissement direct (dépense qui ne prend pas en compte les subventions accordées) c’est l’Isère qui est en tête du classement avec plus de 85 millions d’euros investis en 2017, sans prendre en compte sa métropole, Grenoble.
Après plusieurs années de baisses successives des dépenses et des investissements des collectivités locales, l’année 2017 aura vu les budgets des départements se stabiliser.  

Au fil des années, les métropoles deviennent l’un des acteurs majeurs de la commande du marché des travaux publics. On en dénombre pas plus de 12 en France, et pourtant pour l’année 2017 elles ont pesé la somme de 2.54 milliards d’euros dans la balance du marché des travaux publics. Une progression impressionnante de 9 % en 1 an qui s’explique notamment par d’importantes commandes de projets de transports d’envergure. C’est par exemple le cas à Rennes (nouvelle gare SNCF et la ligne B du métro), à Bordeaux (gare LGV, ligne D du tramway), ou encore à Lyon et à Nice. La plus grosse part de marché est la métropole Rennaise avec 643 millions d’euros d’investissement en 2017, mais la progression la plus importante des investissements se situe à Rouen avec 130 millions d’euros investis soit une hausse de 37.9 % par rapport à 2016.

Le Grand Paris constitue quant à lui un espace florissant notamment grâce au projet du Grand Paris Express avec, dans les années à venir, la création de plus de 200 km de ligne automatique ainsi que de 68 nouvelles gares et 7 centres techniques. En termes de taille et de moyens déployés, le projet du Grand Paris Express détrône celui du Crossrail de Londres et est, à l’heure actuelle le plus grand projet urbain en Europe. En 2017, le budget alloué au Grand Paris atteignait déjà la somme de 1.4 milliard d’euros dont 1 milliard d’euros destiné uniquement à la réalisation des travaux. Cette somme représente 79 % d’investissement supplémentaire par rapport à 2016. Le projet du “super-métro” va dynamiser la région de l’Île de France pour les 10 années à venir en créant des milliers d’emplois qui seront en partie pérennisés, sans parler de l’influence positive qu’il aura au niveau social en désenclavant les communes à la périphérie de Paris.
2.3 milliards d’euros lui ont déjà été alloués pour 2018 et son budget pour 2019 devrait sans doute atteindre les 3.9 milliards d’euros.

L’État est aussi un investisseur, essentiellement par le biais de L’AFITF (Agence de financement des infrastructures de transport de France), qui est une création assez récente puisqu’elle a vu le jour en 2005. C’est un établissement public chargé de coordonner le financement de grands projets d'infrastructures de transport. L’AFITF a déjà décaissé plus de 31 milliards d’euros depuis sa création en 2005. Son budget pour 2017 était de 2.2 milliards d’euros, soit 9 % de plus qu’en 2016. La hausse de 9 % de son budget a par ailleurs été reconduite pour 2018.

La répartition des crédits de l’AFITF depuis sa création s’est effectuée à 47 % pour les réseaux ferroviaires, à 28 % pour les infrastructures routières, 10 % pour les aménagements de transports urbains, le reste étant affecté à des projets divers tels que les infrastructures maritimes et fluviales ainsi qu’à la taxe poids lourds.

Quelles sont les prévisions d’activités pour 2018 ?

Les départements

Nous vous en parlions un plus haut dans cet article, les collectivités locales (conseils départementaux, communes, régions, EPCI) forment un groupement majeur de maîtres d’ouvrages puisqu’elles représentent à elles seules plus de 40 % de l’activité des secteurs des travaux publics. Les prévisions de la FNTP pour 2018 prennent en compte des facteurs déterminants tels que la reconstitution des marges de manœuvres financières des collectivités, ainsi que les règles de ratio d'endettement que l’État demande de respecter. Ainsi, le pourcentage d’évolution de l’investissement public local devrait augmenter de 2.9 % en 2018. Un essor qui devrait également se poursuivre pour les années à venir.

L’État

Les investissements de l’État via l’AFITF vont connaitre une franche progression puisque le budget a été revu de 9.1 % à la hausse. Un chiffre similaire à celui de 2016 pour des crédits atteignant 2.4 milliards d’euros pour 2018. Le réseau routier existant devrait largement en profiter pour être rafraichi et modernisé puisqu’il concentrera + 25.2 % de crédits alloués par rapport à 2016. La modernisation du réseau ferroviaire en concentrera + 25.6 % et les CPER (les contrats de plan État-région qui permettent de porter des projets d'aménagement du territoire avec notamment la création d'infrastructures ou le soutien à des filières d'avenir) se voient attribuer 34.2 % de crédits supplémentaires par rapport à 2016.

Les grands opérateurs

En ce qui concerne les grands opérateurs, la société du Grand Paris agit comme un stimulant sur la prise de commandes. 2018 sera à coup sûr une grande année pour la société du Grand Paris bien que des incertitudes demeurent au niveau du financement prévisionnel et de l’échéance de certains chantiers. Autre montée en puissance, celle du plan THD (Très Haut Débit) qui devrait se répercuter un peu partout en France en 2018 notamment grâce à la promesse du Président de la République d'offrir une couverture numérique de la France entière "en haut et très haut débit" d'ici à la fin de l'année 2020. L’entretien du réseau ferroviaire, le développement du réseau électrique par RTE ainsi que le plan de relance autoroutier, devraient connaître en 2018 une stabilité propice à de bonnes perspectives. Les prévisions de la dynamique d’activité des grands opérateurs ont été chiffrées à 7 % de hausse pour 2018 par la FNTP.

La commande privée et le bâtiment

Les statistiques positives que nous avons pu voir tout au long de cet article sont aussi vraies pour les investissements privés et le secteur du bâtiment qui ont connu une belle progression en 2017, ce qui devrait se poursuivre cette année. En 2017, les permis de construire pour des logements neufs ont enregistré une hausse de 15.7 %, et même de 17.1 % pour la mise en chantier de logements neufs alors que les permis de construire pour des locaux ont gagné 6.5 % et + 3.4 % pour la mise en chantier de locaux (en excluant les locaux agricoles). L’amélioration et l’entretien des habitations a également connu une légère progression en prenant + 1.4 % en volume, une progression qui est notamment due aux travaux de rénovation énergétique. La prévision de commande privée pour 2018 s’élève à 3 % selon la FNTP.

Une année 2018 prometteuse

Comme nous pouvons le constater, 2017 aura été pour le secteur du bâtiment et des travaux publics, une phase de transition qui a amorcé un regain progressif vers la croissance économique. Bien que la reprise d’activité ait été plus timide que prévue initialement, on ne peut que se réjouir de voir ce secteur repartir sur de bons rails, d’autant que de nombreuses pistes indiquent sérieusement que la croissance continuera et sera dynamisée par des investissements plus forts et plus concrets en 2018 et pour les années à venir. Les travaux d’aménagement urbain et de transport dans les grandes métropoles jouent bien sûr un rôle déterminant sur les prises de commandes mais c’est sans compter sur l’effet d’entraînement des investissements, qu’ils soient privés ou publics, et qui devraient profiter à l’ensemble du territoire français. En ce sens plusieurs mesures devraient élargir le carnet de commandes des grands opérateurs comme des TPE, la couverture numérique étendue à tout le territoire, les dotations aux investissements locaux ou encore le grand plan d’investissement 2018 - 2023 qui promet plus de 20 mds € d’investissement sur 5 ans aux entreprises du BTP avec, entre autres, 9 Mds € pour la rénovation thermique des bâtiments, 4,1 Mds € pour les transports ou encore 7 Mds € pour les énergies renouvelables.

Concernant le secteur du bâtiment, il devrait continuer sur sa lancée avec une hausse annoncée de + 2.4 % selon la FFB. Accompagnant cette lancée, 30 000 nouveaux emplois devraient être créés dans l’année. Une bonne nouvelle quand on sait qu’en 2015 le secteur avait perdu plus de 12 000 emplois. La construction de logement neuf prendra 3.4 % de plus mais cette hausse restera mesurée comparé au non résidentiel neuf, qui lui devrait bondir avec 8.9 % d’essor. L’amélioration et l’entretien devrait, enfin, se stabiliser cette année.   

En conclusion

Globalement la croissance du secteur des travaux publics est donc estimée par la FNTP à + 4 % pour 2018 en y incluant le projet du Grand Paris et à + 2.8 % en l’excluant. Bien que ce projet ait l’air de mobiliser une grande partie de la prise de commandes, il ne faut pas oublier que la transition qui a eu lieu en 2017 a enclenché un regain d’activité progressif et qui devrait se poursuivre en 2018. Lentement mais sûrement la reprise d’activité suit son cours et, à ce titre, les 2.8 % de croissance prévus pour 2018 sont, somme toute, une très belle avancé pour le secteur puisque tous les investissements sont à la hausse (État, collectivités locales, grands opérateurs et secteur privé et bâtiment) et que les entrepreneurs semblent être actuellement dans une optique de recrutement de manière à combler la demande.

Les années noires de la crise économique semblent être bel et bien derrière nous, et le contexte apparaît aujourd’hui comme bien meilleur pour un secteur historique qui pèse lourd dans l’économie française et qui n’a pas dit son dernier mot !

 

 

 

 

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